Les gauchers et l'écriture, une relation souvent délicate...

Publié le .

Un gaucher dépense souvent plus d’énergie qu’un droitier pour beaucoup de gestes quotidiens. Ainsi, dans le domaine du graphisme, tout rend l’écriture plus complexe pour le gaucher car tout est fait pour les droitiers (matériel, livres, cahiers, sens de l’écriture, …).

Tout d’abord, d’un point de vue psychologique, bien que très entouré, et même très encouragé par l’environnement qui est désormais bienveillant, il est fréquent de constater que le gaucher a souvent une image de lui-même un peu dévaluée. Sa latéralisation à gauche n’est pas étrangère à cela, car elle lui cause une gêne, génère de la maladresse et surtout de la marginalité (être différent de la majorité, alors que les enfants souhaitent le plus souvent être comme les autres), et ce,  même s’il n’est nullement stigmatisé. De plus, le gaucher, voyage à contre courant : son sens naturel est celui qui va de droite à gauche, or on lui demande en permanence d’aller à contre-sens. Cela génère fatalement de nombreux blocages & inhibitions. Ces maux sont la conséquence d’un fonctionnement en fermeture plutôt qu’en ouverture.

Ainsi, d’un point de vue purement graphique, notre écriture est constituée pour être réalisée de gauche à droite par un droitier. Dès lors que le tracé est réalisé par un gaucher, il y a inadaptation par rapport à la technique. Les éléments qui entrent en jeu dans le graphisme ne sont pas connus, ou mal connus pour un trop grand nombre de gauchers. De plus, il ya trop de paramètres qui sont concernés, c'est pourquoi ils ne peuvent les solutionner seuls : respiration, posture des bras, des doigts, du corps, pression, crispations, positionnement des yeux, mais aussi les formes, la ligne...

Plus précisément, le gaucher ne voit pas la pointe du stylo, donc pas la ligne qu’il ne peut donc suivre avec précision. On lui demande de bien écrire en « fermant les yeux » en quelque sorte… tâche dont nous conviendrons tous qu’elle est pour le moins ardue. Parallèlement à cela il efface ce qu’il écrit au fur et à mesure du déplacement de la main. Aussi, fréquemment la position de la main est pénalisante : il la place le plus souvent au dessus de la ligne sur laquelle il écrit (en bec de cygne) : la main est ainsi repliée, ce qui génère des tensions et une absence de souplesse et de fluidité, voire même des douleurs.

Or, qu'il soit droitier ou gaucher, l’enfant doit apprendre à tenir ses instrûments sans crisper la main (en utilisant la pince du pouce et de l'index et le support du majeur), à disposer la surface qu'il utilise dans le prolongement de l'avant-bras (correctement placé) tout en adoptant une posture adéquate. La fluidité est fondamentale pour obtenir un tracé harmonieux.

Enfin, d’un point de vue scolaire, tout est expliqué en classe pour les droitiers. Il est très net, que le gaucher est souvent davantage livré à lui-même en classe : les gauchers sont fréquemment laissés seuls face à une tâche plus complexe, et doivent trouver seuls des accommodements pour parvenir à écrire, bien que rien ne soit fait pour eux. Car, être gaucher ne consiste pas à faire la même chose que les droitiers à l’envers. Il n’y a pas de symétrie possible dans les gestes et les postures. Ainsi, il y a des techniques spécifiques que les gauchers doivent mettre en place. Toutefois, ces techniques ne peuvent pas être inventées par les enfants seuls. Isolés, ils trouvent de petits aménagements, certains les pénalisent d’ailleurs, mais ne parviennent que rarement à trouver la totalité des positionnements idéaux. Ils trouvent ainsi en eux-mêmes des ressources, et des petites « combines » pour écrire sans trop de difficulté mais sont rarement accompagnés dans ce processus, et encore plus rarement corrigés. Donc, à l’âge où les enfants doivent assimiler les fondements de la calligraphie, stade pré-calligraphique, ils doivent se « débrouiller » et  tendent à enregistrer des habitudes plus ou moins bonnes qui, ensuite bloquent parfois leur évolution.

C’est donc difficile d’être gaucher encore aujourd’hui et il est important d’intégrer que les enfants ou les jeunes gauchers qui n’ont pas une relation harmonieuse avec l’écriture, ont besoin de l’aide extérieure technique et psychologique d’un graphothérapeute.

 

Imprimer